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mercredi 2 décembre 2015

Sur la question de l'impérialisme (autour du colloque des 8 et 9 janvier 2016)

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Impérialisme, Empire et résistances
Flavie Achard, Pierre Beaudet, Stéphane Chalifour, Donald Cuccioletta, Francis Fortier, Philippe Hurteau, Thomas Chiasson-Lebel, Ghislaine Raymond.
Nouveaux cahiers du socialisme | http://www.cahiersdusocialisme.org/


Introduction du numéro

En 1914, l’histoire contemporaine basculait avec la Première Guerre mondiale. Elle qui lançait le monde entier dans un conflit d’une violence sans précédent. Cette guerre interétatique aux accents de lutte de classe voit s’affronter différentes puissances impérialistes dans une rivalité qui en éliminera plusieurs. C’est autour de cette époque que le marxisme s’est d’abord intéressé avec une attention particulière à la question de l’impérialisme.
Au moment d’assembler ce numéro, cent ans plus tard, le parlement canadien, composé d’une majorité de conservateurs, vient d’appuyer la participation du Canada à des bombardements aériens en Irak. L’objectif plutôt flou est d’affaiblir un groupe armé qui opère dans la région, l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), qui représenterait une « menace à l’échelle mondiale »[1]. Cet objectif a été réaffirmé à la suite des incidents à Saint-Jean-sur-le-Richelieu et à Ottawa en octobre dernier lorsque des militaires ont été tués. Les services de sécurités affirment que les meurtriers se réclamaient d’un certain islam « radical », ce qui justifierait, selon le gouvernement, de participer encore plus à la « guerre contre le terrorisme mondial ».
Les États-Unis sont au cœur de la coalition qui s’engage dans cette nouvelle offensive. Capables de mobiliser en quelques semaines les forces des pays les plus avancées contre l’ennemi désigné du jour, les États-Unis assument, une fois de plus, un rôle central au sein d’une dynamique de police impériale.  Mais ils n’agissent pas seuls. Ils choisissent de chercher des alliés et de créer une coalition internationale, sans toutefois s’appuyer d’abord sur les instances multilatérales existantes. Après l’Afghanistan, l’Irak et la Lybie, de telles entreprises belliqueuses ressemblent à une gestion à la pièce où chaque manœuvre génère une nouvelle crise.
Les États-Unis sont aussi au centre de la gestion du capitalisme mondial, et malgré l’importance grandissante des autres blocs capitalistes (Europe, Japon) et des pays émergeants (BRICS), ils demeurent le pivot de l’articulation mondiale du capital. Or encore là, les États-Unis ne sont pas seuls, et malgré la centralité du dollar, la City de Londres contrôle une très grande partie de la finance mondiale. Dans ce domaine aussi, la réponse à la plus récente crise économique ne semble guère offrir de solution[2], et encore moins à long terme.
La centralité des États-Unis et l’étendue de leur emprise constituent sans doute l’une des nouveautés de notre époque, qui lui donne cette apparente unipolarité. Mais les États-Unis sont à la fois tiraillés dans leur position dominante, constamment défiée, tout en devant continuellement renouveler leurs appuis, de gré ou de force.

Quelle forme d’impérialisme sous le capitalisme actuel ?

Pour expliquer l’impérialisme il y a cent ans, la littérature marxiste cherchait ce qui unit les versants économique et militaire de différentes dynamiques nationales, et comment, sous le capitalisme, ce lien se développe en impérialisme et en rivalités inter-impériales. Selon cette perspective, la nature expansive du capitalisme atteint vite les limites de chaque État, et génère des pressions incitant les États à conquérir de nouveaux espaces.  Cela provoque des conflits internationaux et des guerres (voir le texte de Radhika Desai qui revient sur ces approches).
 Depuis lors, le capitalisme a évolué. De capital financier (alliance du capital bancaire et industriel selon Hilferding) il est devenu capitalisme «financiarisé», dans lequel la reproduction de la logique d’ensemble du système, bien qu’ayant absolument besoin de la protection et du soutien des États, se déroule en des flux continus de marchandises et de capitaux qui traversent les frontières, bien souvent en demeurant hors de la portée des États. Plus qu’il y a cent ans, le défi de saisir l’interaction des dimensions économique et politique apparaît comme un véritable casse-tête dont le nombre de pièces est dédoublé par la nécessité d’intégrer les dimensions culturelles et idéologiques à la compréhension du problème. Il vaut donc la peine de présenter plusieurs approches concurrentes qui sont au cœur des débats actuels pour permettre de mieux les évaluer.

Quelques perspectives

Pour saisir ces tensions, entre la domination des États-Unis et les contre-tendances à la fragmentation de l’empire d’une part, et entre la domination économique et militaire de l’autre, il peut être utile de regrouper les différentes perspectives présentées ici en quelques courants. Selon un premier courant, inspiré de l’approche post-impérialiste de Hardt et Negri, il n’y aurait plus de rivalités inter-impériales comme au temps de la Première Guerre mondiale, mais plutôt une immense entité qu’ils appellent Empire. Ce dernier n’étant pas organisé autour d’un l’État, serait plutôt mu par une dynamique déterritorialisée et décentralisée, à la fois plus diffuse et plus profonde. La souveraineté serait organisée en réseaux sans sommet, mais maintenu par un tissu de dirigeants : riches PDG, chefs d’États et technocrates d’institutions internationales (voir le texte de Colette St-Hilaire). En se recentrant sur une perspective économique, ce courant n’identifie plus l’impérialisme comme étant le fait des États, mais plutôt celui des corporations transnationales qui dictent leurs règles aux États de manières à verrouiller celles-ci par des traités internationaux (voir le texte de Michel Husson). Cette déterritorialisation trouverait également son expression dans la façon dont se mènent les guerres contemporaines. Avec la prolifération des drônes, les guerres ne sont plus fixées dans le temps et l’espace comme à l’époque des tranchées. Elles se déroulent en continue et un peu n’importe où, dans un champ de bataille globalisée dans lequel les soldats de l’un des camps sont inatteignables (voir le texte de Stéphane Chalifour et Justine Trudeau).
Selon la seconde perspective, l’État n’aurait, au contraire, rien perdu de son importance. Plus encore, l’empire a plus que jamais un sommet, l’État des É.-U, qui assume le fardeau de gérer le capitalisme global tout en cherchant à y assurer la position dominante de ses corporations (voir le texte de Leo Panitch). Cette position de gestionnaire du capitalisme mondialisé n’est toutefois pas directement liée à la domination militaire qu’exerce ce pays, qui répond plutôt à une logique d’expansion territoriale (voir le texte de Maya Pal). Malgré leurs nombreux points de contact, ces deux logiques doivent être comprises comme étant autonomes l’une de l’autre.
Cette domination des États-Unis ne pourrait n’être que passagère, et y accorder trop d’importance risquerait, comme l’arbre, de dissimuler la forêt toute entière. C’est ce que suggère une troisième approche selon laquelle la position des États-Unis depuis la fin de la guerre froide n’est qu’une situation temporaire résultant du développement inégal et combiné du capitalisme (voir le texte de Nancy Turgeon). Les rivalités qui en découlent ne pourront faire autrement que de provoquer un renouvellement conflictuel qui verra un nouveau centre émerger.
Finalement, il n’est pas dit que l’impérialisme soit le meilleur concept pour saisir ce qui est en jeu. Il y a en effet poursuite de dynamiques coloniales (voir le texte de Pierre Beaudet), tant internationales qu’entre différentes nations au sein d’un même pays, où l’éradication d’une culture fait partie intégrante du programme, que ce soit en Haïti (voir le texte de Denyse Côté) ou au Canada. Alors, la poursuite du colonialisme, ou son renouvellement par le néocolonialisme, pourrait être des concepts plus adéquats pour saisir les visées dominatrices.

Impérialisme canadien

Quant à lui, le Canada n’est pas de reste. Cet allié subalterne des États-Unis est un maillon de la chaîne impérialiste. Membre de l’OTAN, puissance (avec un petit P) active sur divers fronts diplomatiques, militaires et économiques, l’État canadien contribue à ériger un dispositif de contrôle toujours sous tension. L’impérialisme canadien par ailleurs ne peut être compris sans mettre en perspective la conquête coloniale du territoire canadien, habités par différents peuples qui ont été soumis ou subjugués. Aujourd’hui sous gouverne néoconservatrice, l’État canadien se propose de devenir une des têtes de pont pour les nouvelles aventures impérialistes des États-Unis (voir le texte de Donald Cuccioletta). Cherchant à devenir une superpuissance énergétique, il accélère les pratiques prédatrices dans le Sud global (voir le texte de Pierre Beaulne), mais également ici, notamment contre les populations autochtones (voir le texte de Jen Preston). Les dominants tentent alors de justifier leur action en menant la bataille des idées : excitant la menace islamiste, annonçant le péril chinois, brandissant l’invasion des réfugiés, etc.

Nouvelles confrontations, nouvelles résistances

Un profond malaise s’exprime tant envers l’impérialisme que le capitalisme, qui ne profitent jamais vraiment qu’au 1 %. La crise environnementale, conséquence d’un processus d’accumulation insatiable qui détruit la terre, apparaît de plus en plus comme le cœur des résistances. Elle survient après le ressac qui a succédé à des années de luttes altermondialistes contre la fortification du grand marché capitaliste mondial à travers les traités de libre-échange (voir le texte de Nathalie Guay et Julien Laflamme). Par ailleurs, les manifestations mondiales contre l’invasion de l’Irak en 2003, bien qu’elles aient fait partie des plus importantes manifestations internationales contre l’impérialisme, n’ont pas réussi à freiner cette guerre dont les conséquences désastreuses n’ont cependant pas livré les fruits attendus par l’empire (voir le texte de Michael Picard-Hennessy). En parallèle, la vague latino-américaine vers la gauche indique que l’extension de la domination impériale ne se fait pas sans résistances importantes, bien que le capitalisme soit loin d’être dépassé (voir le texte de Thomas Chiasson-LeBel). D’autres luttes qui s’expriment sous le drapeau de l’identité communautaire ou religieuse approfondissent également les fractures qui traversent notre monde (voir le texte de Michel Warschawski).
À l’heure où se renouvelle l’engagement belliqueux canadien et où la récente crise persiste et signe, ce portrait complexe et controversé de l’impérialisme vise à alimenter le vif débat autour de cet enjeu essentiel, sans prétendre couvrir tout le terrain qui devrait l’être. Contre lui, nous parions sur la solidarité de ceux d’en bas, contre les dominants d’où qu’ils soient. Ces guerres et crises périodiques viennent nous rappeler que la domination ne se déroule pas uniquement, ni peut-être même principalement, à l’intérieur des frontières, et que la solidarité pour y répondre doit s’internationaliser.


[1] Déclaration de Stephen Harper rapportée dans Marie Vastel, « Le Canada en guerre contre l’EI », Le Devoir, 4 octobre 2014,
[2] Christine Lagarde, directrice du FMI, notait récemment que les investissements n’ont pas repris leur cours d’avant la crise, surtout en Europe, où l’utilisation des capacités productives existantes n’a pas atteint le niveau d’avant 2007. Voir International Monetary Fund, Global Financial Stability Report, Risk Taking, Liquidity, and Shadow Banking, Curbing Excess while Promoting Growth. Octobre 2014.

lundi 15 décembre 2014

[Séminaire 2014-2015 | Colloque international] Nicos Poulantzas un marxisme pour le XXIe siècle | argument & programme

Nicos Poulantzas, un marxisme pour le XXIe siècle
Colloque international consacré à l’œuvre de Nicos Poulantzas


 L’œuvre de Nicos Poulantzas (1936-1979) alimente aujourd’hui au plan international les recherches marxistes parmi les plus novatrices. Etat, crise, classes sociales, mondialisation, Europe, transformation des rapports de production, fascisme… sur tous ces sujets, Poulantzas a fait évoluer le marxisme sur des voies inexplorées, en s’appuyant sur les classiques – Rosa Luxemburg et Gramsci, parmi d’autres – mais en ouvrant également le marxisme à des influences extérieures, celle de Michel Foucault par exemple. Cette œuvre se situe à la charnière de deux époques : le capitalisme d’après-guerre, et son cycle de croissance ininterrompu de trois décennies, et la période issue de l’entrée en crise de ce cycle dans la première moitié des années 1970, dont nous ne sommes à bien des égards pas encore sortis. C’est ce qui confère à la pensée de Poulantzas sa très grande actualité.
ftp://ftp2.marxau21.fr/marxau/Prospectus/Colloque%20NP_Affiche.jpg

L’affiche du colloque
est disponible à cette adresse



Si la Grande-Bretagne, l’Allemagne ou encore l’Amérique latine connaissent de puissantes traditions de recherche poulantzassiennes depuis plusieurs décennies, on ne peut pas en dire autant de la France, pourtant pays d’élection de Poulantzas. Comme tout ce qui touche de près ou de loin au marxisme, l’œuvre de Poulantzas a été l’objet en France, depuis les années 1980, d’un remarquable silence. Aujourd’hui, de nouvelles générations de chercheurs partent à la découverte de cette pensée, et cherchent à la mettre à contribution pour comprendre les évolutions du capitalisme contemporain. C’est dans ce mouvement de redécouverte du marxisme en général, et des idées de Poulantzas en particulier, que ce colloque s’inscrit.
 
Ce colloque reviendra sur différents aspects de l’œuvre de Poulantzas : le rapport aux marxistes classiques, ainsi qu’à Althusser ou Miliband par exemple, l’influence du contexte des années 1960 et 1970, ainsi que la pertinence actuelle de ses théories, par exemple la définition de l’Etat comme « condensation d’un rapport de force entre classes et fractions de classes », le concept d’ « étatisme autoritaire », ou encore sa position dans le débat avec Ernest Mandel à propos de la nature de l’Union européenne.

Ce colloque international réunira philosophes, historien-ne-s, sociologues et géographes autour de l’analyse, l’évaluation et l’actualité de la pensée d’un des auteurs marxistes les plus importants de la deuxième moitié du XXe siècle, et dont la pensée est sans doute l’une des plus fécondes aujourd’hui. 

Vendredi 16 janvier, 9h-12h30

Introduction : Alexis Cukier, Jean-Numa Ducange, Razmig Keucheyan

Alvaro Garcia Linera, vice-président de l’État plurinational de Bolivie
Cédric Durand et Tristan Auvray, université Paris 13, Un capitalisme européen ? Retour théorique et empirique sur le débat Ernest Mandel/Nicos Poulantzas, 40 ans après

Ludivine Bantigny, université de Rouen, Poulantzas et les gauches révolutionnaires : réceptions, discussions

Costis Hadjimichalis, université Harokopio (Athènes), Geographies of the state : Nicos Poulantzas and contemporary approaches to space

Vendredi 16 janvier, 14h30-18h

Marco Di Maggio, université La Sapienza (Rome), L’eurocommunisme des intellectuels. Poulantzas et la troisième voie vers le socialisme

Stathis Kouvelakis, King’s College (Londres), Une théorie de l’É(é)tat d'exception : Poulantzas face au fascisme

Alex Demirovic, Goethe Universität (Francfort), The capitalist state as a social relation and democratic transformation to socialism


Samedi 17 janvier, 9h30-13h

James Martin, Goldsmiths College (Londres), Poulantzas: from law to the state

Guillaume Sibertin-Blanc, université de Toulouse Jean-Jaurès, Marxisme, Etat, pratique politique : Retour sur le débat croisé de Poulantzas avec Althusser et Balibar

Isabelle Garo, lycée Chaptal (Paris), Théorie de l’État et stratégie politique

*

Le colloque se déroulera le vendredi 16 et le samedi 17 janvier 2015 à la Maison de la recherche de l’université Paris IV, 28 rue Serpente 75006 Paris (M° Odéon).


lundi 6 juin 2011

Antonio Labriola | « Essais sur la conception matérialiste de l’histoire » [vient de paraître]



« La présente initiative éditoriale n’a pas pour seul but de reconstituer des éléments de mémoire historique concernant un représentant singulier et original du marxisme de l’époque de la Seconde internationale, encore que par les temps qui actuels d’ignorance barbare de toute la tradition de la pensée émancipatrice une telle entreprise trouve déjà en tant que telle sa légitimation intellectuelle et politique. Elle se justifie surtout par la qualité de la pensée condensée dans ces essais et nous oblige à faire le point sur les problèmes difficiles de toute pensée de l’histoire […]. Elle oblige à reconsidérer la possibilité d’une théorie à la fois constructiviste et objective de l’histoire à l’époque de la mondialisation capitaliste. Si Labriola partage des présupposés marxiens et engelsiens qui sont aujourd’hui discutés et même abandonnés, la tension de sa réflexion ouvre sur des problématiques signifiantes et sur des possibles théoriques immanents à ce qui demeure épocal dans la conception matérialiste de l’histoire » (extrait de la préface d’André Tosel, « Antonio Labriola ou le marxisme à “l’essai” »)

Antonio Labriola (1843-1904) est le fondateur du courant marxiste italien. Ami d’Engels, en dialogue avec Georges Sorel, il a renouvelé avec originalité la pensée de Marx à un moment historique où elle semblait être en crise.
Depuis 1902 son œuvre la plus importante, les Essais sur la conception matérialiste de l’histoire, n’était pas traduite en français. Nous la présentons dans une nouvelle traduction. Nous y avons intégré d’autres textes de Labriola, et également la préface de Georges Sorel à la première édition française des Essais et la traduction de l’article de T. Masaryk, « La crise scientifique et philosophique du marxisme contemporain ».
Édition coordonnée par Franck La Brasca avec une préface d’André Tosel

Antonio Labriola, Essais sur la conception matérialiste de l’histoire. Napoli : La Città del Sole ; : Paris : Vrin (« La pensée et l’histoire »), 404 p. — ISBN : 978-88-8292-419-5

jeudi 13 novembre 2008

Hal Draper : « Les deux âmes du socialisme. Quel socialisme pour le 21e siècle ? »

En 1966, lorsque Hal Draper met la main à la dernière version de son essai, le monde paraît divisé en deux blocs, l'un capitaliste, l'autre « socialiste » ou, selon l'auteur, « collectiviste bureaucratique ». Pourtant, 68 n'est pas loin. Le mouvement étudiant américain vient de connaître sa première épreuve de force d'envergure, à Berkeley, en 1964, avec le {Free Speech Movement} et se mobilise contre la guerre du Vietnam. Le socialisme fait à nouveau l'objet de discussions passionnées, interpellé par les luttes de libération du tiers-monde, et, aux États-Unis par l'émergence radicale du mouvement pour les droits civiques des Noirs. Enfin, le nouveau mouvement des femmes pointe le nez, pleinement en
phase avec cette nouvelle radicalité. Pour Hal Draper, le moment est venu de faire connaître largement sa conception du socialisme. Pour cela, il propose une généalogie du socialisme moderne à partir de deux filiations opposées : le socialisme « par en haut » et le socialisme « par en bas ». Il se situe sans ambiguïté dans la seconde tradition. Aujourd'hui, une nouvelle génération se lève pour contester radicalement la logique inhumaine du capitalisme mondialisé, au nom d'un autre monde est possible. Le socialisme par en bas de Draper peut il encore lui servir de référent ? Nous avons demandé à plusieurs intellectuels engagés dans les mobilisations de ces dernières années de reprendre Les deux âmes du socialisme et d'en proposer une lecture critique. Ce livre, inédit en français, devrait intéresser celles et ceux pour qui le socialisme représente encore un espoir au 21e siècle, mais qui ressentent le besoin de débattre des échecs et de ses reniements qui jalonnent son histoire.
L'essai de Draper vise en particulier à mettre en valeur l'héritage auto-émancipateur du socialisme, qu'il oppose à ses traditions autoritaires. Il devrait donc toucher tout particulièrement les nouvelles générations militantes, qui portent aujourd'hui le mouvement contre la mondialisation libérale, lui inspirent sa radicalité, ses structures participatives et ses formes de mobilisation, en recourant notamment à l'action directe non violente.

Hal Draper, Les deux âmes du socialisme. Quel socialisme pour le 21e siècle ? Edition présentée par Jean Batou. Commentaires de Michael Albert, Alain Bihr, Diane Lamoureux, Catherine Samary & Murray Smith. Paris : Syllepse, 2008.- (« Utopie critique »)